OMS : Pékin veut profiter du retrait américain pour renforcer son influence à Genève

La Chine a officiellement présenté, jeudi 8 octobre, la candidature de Song Li à la direction générale de l’Organisation mondiale de la santé. Alors que le retrait des États-Unis fragilise l’institution genevoise, Pékin entend renforcer sa place dans la gouvernance sanitaire mondiale. Une ambition qui pourrait toutefois se heurter aux controverses héritées de la pandémie de Covid-19.
Depuis quelques jours, la succession de Tedros Adhanom Ghebreyesus à la tête de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) prend une dimension géopolitique sur les bords du Léman. Jeudi 8 octobre, le ministère chinois des Affaires étrangères a confirmé la candidature de Song Li, une haute responsable de santé publique, pour diriger l’organisation à partir d’août 2027. Pékin avait jusqu’ici entretenu le silence sur cette nomination, révélée deux jours plus tôt par Reuters.
Spécialiste des politiques de santé maternelle et infantile, Song Li possède une vingtaine d’années d’expérience dans l’administration sanitaire et la coopération internationale. Elle a notamment participé à la réponse chinoise aux épidémies de SRAS, de grippe aviaire et de Covid-19. En 2020, elle avait contribué à l’élaboration de recommandations nationales destinées à protéger les femmes et les enfants pendant la pandémie.
Sa candidature intervient alors que l’OMS traverse une période particulièrement délicate, marquée par le retrait américain et une profonde réorganisation de ses activités.
Le retrait américain, une opportunité pour Pékin
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, Washington a considérablement réduit son engagement dans plusieurs organisations internationales. Le retrait des États-Unis de l’OMS, devenu effectif en janvier 2026, a notamment privé l’institution de son principal contributeur financier.
Confrontée à cette perte de ressources, l’organisation a dû engager une restructuration importante, réduire certains programmes et supprimer plusieurs milliers de postes. La Chine a annoncé des financements supplémentaires, sans toutefois compenser le manque à gagner américain.
Pour Pékin, cette situation ouvre une opportunité diplomatique : la Chine cherche en effet depuis plusieurs années à accroître sa présence dans les institutions spécialisées des Nations unies, dont les décisions influencent les normes et les politiques publiques à l’échelle mondiale.
Un atout pour Pékin ? Le précédent existe déjà à l’OMS, car entre 2007 et 2017, Margaret Chan, ancienne directrice de la santé de Hong Kong, avait dirigé l’organisation pendant deux mandats. Aujourd’hui, parmi les grandes agences spécialisées des Nations unies, la Chine conserve notamment la direction de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), confiée depuis 2019 à Qu Dongyu.
L’élection de Song Li permettrait donc à Pékin de retrouver la direction d’une institution centrale de la coopération internationale en matière de santé.
Une élection ouverte, sur fond de tensions sanitaires
La candidate chinoise devra cependant affronter une concurrence importante. Six autres personnalités se sont déjà déclarées, notamment la ministre qatarienne Hanan Al-Kuwari, la responsable saoudienne Hanan Balkhy, le directeur régional de l’OMS pour l’Europe Hans Kluge, l’Espagnole María Neira et le ministre indonésien de la Santé Budi Gunadi Sadikin.
La liste officielle des candidatures doit être publiée début novembre. Le Conseil exécutif de l’OMS sélectionnera ensuite, début 2027, jusqu’à trois candidats qui seront départagés par les États membres lors de l’Assemblée mondiale de la santé, en mai. Le successeur de Tedros Adhanom Ghebreyesus prendra ses fonctions le 16 août 2027, pour un mandat de cinq ans.
La campagne pourrait toutefois raviver les tensions apparues pendant la pandémie de Covid-19. L’administration Trump avait vivement critiqué la gestion de la crise par l’OMS, l’accusant notamment d’avoir fait preuve de complaisance envers Pékin. Des accusations rejetées par l’organisation, mais qui continuent de peser sur les relations entre la Chine et plusieurs pays occidentaux.
L’indépendance de la future direction générale constituera donc un enjeu important du scrutin, au même titre que la capacité des candidats à restaurer les finances de l’organisation et à préparer les prochaines crises sanitaires.
Une bataille diplomatique de Pékin qui dépasse l’OMS
Mais sortons un peu de Genève : la candidature de Song Li intervient dans un contexte de recomposition des équilibres au sein des institutions internationales. Le désengagement américain ne signifie pas mécaniquement un renforcement de la Chine, mais il modifie les rapports de force et les possibilités d’alliance entre États membres. Le malheur des uns fait le bonheur des autres…
Pour Pékin, l’enjeu sera de convaincre au-delà de ses partenaires habituels, notamment parmi les pays en développement, qui accordent une importance particulière à l’accès aux vaccins, au financement des systèmes de santé et au partage des technologies médicales.La compétition pourrait également opposer deux approches de l’avenir de l’OMS : celle d’une organisation appelée à renforcer son rôle dans la coordination sanitaire mondiale et celle d’une institution recentrée sur ses missions scientifiques et techniques, dans un contexte de fortes contraintes budgétaires.À Genève, la succession de Tedros Adhanom Ghebreyesus s’annonce ainsi comme l’une des principales échéances diplomatiques de 2027. Elle permettra de mesurer jusqu’où la Chine peut transformer son engagement multilatéral en influence institutionnelle, alors que les États-Unis ont choisi de se retirer de l’organisation.


