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De Genève à New York, Rebeca Grynspan veut bousculer les habitudes de l’ONU

RédactionPublié le 16 octobre 2026 · 5 min de lecture
Rebeca Grynspan

Favorite dans la course à la succession d’António Guterres, Rebeca Grynspan appelle les Nations unies à sortir de leur prudence diplomatique et à engager de profondes réformes. Dans un entretien accordé jeudi 15 octobre à Reuters, l’ancienne vice-présidente du Costa Rica, qui dirige depuis 2021 la CNUCED à Genève, défend une organisation moins bureaucratique et plus audacieuse. Reste à convaincre les grandes puissances, dont aucune ne doit opposer son veto à sa nomination.

À quelques heures d’un nouveau scrutin décisif au Conseil de sécurité, Rebeca Grynspan a choisi de parler franchement. Dans un entretien accordé jeudi 15 octobre à Reuters, la candidate costaricienne à la direction des Nations unies a estimé que l’organisation était devenue « trop réticente à prendre des risques ». À ses yeux, le prochain secrétaire général devra accepter les échecs diplomatiques, reprendre les négociations et ne pas se résigner à l’impuissance.

Le message est clair : alors que les Nations unies peinent à peser sur les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, leur future direction ne pourra se contenter d’administrer une institution affaiblie. Elle devra retrouver une capacité d’initiative.@

Cette conviction, Rebeca Grynspan la défend avec l’expérience d’une longue carrière politique et internationale. Âgée de 70 ans, économiste de formation, elle fut vice-présidente du Costa Rica de 1994 à 1998, avant d’occuper plusieurs responsabilités au Programme des Nations unies pour le développement et de diriger le Secrétariat général ibéro-américain.

En septembre 2021, elle devenait la première femme nommée à la tête de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), installée à Genève. Une étape importante de son parcours, qui lui sert aujourd’hui de référence pour défendre sa candidature.

Une diplomate qui revendique des résultats

À Genève, Rebeca Grynspan s’est notamment distinguée par son rôle dans les négociations ayant permis la conclusion, en juillet 2022, de l’accord sur les exportations de céréales ukrainiennes par la mer Noire.

Négocié sous l’égide des Nations unies et de la Turquie avec Moscou et Kiev, cet accord avait permis l’exportation de plus de 33 millions de tonnes de produits agricoles malgré la guerre. La Russie s’en est retirée en juillet 2023, mais cette initiative reste l’un des rares exemples de coopération diplomatique concrète entre les deux belligérants.

Pour Grynspan, l’expérience démontre qu’une diplomatie discrète, conduite loin des caméras, peut encore obtenir des résultats lorsque les relations politiques semblent durablement compromises.

Mais la candidate ne défend pas seulement une nouvelle méthode diplomatique. Elle souhaite également transformer le fonctionnement des Nations unies, dont elle juge les structures trop lourdes et parfois redondantes.

À la CNUCED, elle affirme avoir réduit de 20 % le nombre de postes tout en recentrant les activités de l’organisation. Elle propose désormais d’appliquer cette logique à l’ensemble du système onusien, en limitant les chevauchements entre agences et en renforçant le contrôle de l’exécution des mandats.

Une orientation qui pourrait trouver un écho à Washington, où l’administration Trump réclame depuis plusieurs mois une réduction des dépenses et de la bureaucratie internationale. Encore faut-il que cette convergence sur les questions budgétaires se traduise en soutien diplomatique.

Favorite, mais loin d’être élue

Car si Rebeca Grynspan apparaît aujourd’hui comme la candidate la mieux placée pour succéder à António Guterres, dont le mandat s’achèvera le 31 décembre, rien n’est encore acquis.

Selon les informations recueillies par Reuters, elle est arrivée en tête de quatre des cinq consultations informelles organisées jusqu’ici au Conseil de sécurité. Lors du dernier scrutin, le 7 octobre, elle a obtenu neuf soutiens sur quinze, soit le minimum nécessaire pour que le Conseil puisse recommander une candidature.

Mais ces résultats masquent une difficulté importante : six membres du Conseil ont voté contre elle. Et surtout, la nomination du secrétaire général exige qu’aucun des cinq membres permanents, États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni, ne s’y oppose.

Un nouveau vote doit se tenir ce vendredi 16 octobre, avec, pour la première fois, des bulletins permettant de distinguer les positions des membres permanents de celles des autres États. Cette étape pourrait révéler les véritables obstacles à sa candidature.

D’autres personnalités restent en lice, parmi lesquelles Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, et Michelle Bachelet, ancienne présidente chilienne et ancienne haute-commissaire aux droits de l’homme à Genève.

La première femme à la tête des Nations unies ?

Si elle était élue, Rebeca Grynspan deviendrait la première femme à diriger l’ONU depuis sa création en 1945. Un événement historique, même si la candidate préfère mettre en avant son expérience et ses propositions de réforme. Son parcours possède également une particularité : il associe la pratique du pouvoir gouvernemental, la direction d’institutions internationales et une expérience directe de la négociation avec des puissances en conflit.

Reste une question essentielle : les grandes puissances souhaitent-elles réellement confier les Nations unies à une personnalité déterminée à leur rendre une plus grande capacité d’initiative ? De Genève à New York, Rebeca Grynspan a désormais quelques semaines pour convaincre. La diplomate connaît suffisamment les rouages du système onusien pour savoir qu’une position de favorite ne garantit jamais une victoire. Et qu’au Conseil de sécurité, un seul veto peut suffire à refermer les portes du secrétariat général.