Geneva Diplomatic
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Au HCR, la nouvelle numéro 2 freinée par un imbroglio avec Washington

RédactionPublié le 24 septembre 2026 · 6 min de lecture
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À peine entrée en fonctions comme Haute-Commissaire adjointe pour les réfugiés, l’Américaine Tressa Rae Finerty a dû se mettre en congé afin de clarifier les restrictions liées à ses anciennes fonctions au Département d’État. Un contretemps inhabituel pour le HCR, qui intervient au moment où l’agence traverse une période financière particulièrement tendue et cherche à préserver ses relations avec ses principaux bailleurs.

L’arrivée de Tressa Rae Finerty devait accompagner le renouvellement de l’équipe dirigeante du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Elle commence finalement par une parenthèse inattendue puisque, quelques semaines après sa prise de fonctions, la nouvelle Haute-Commissaire adjointe est actuellement en congé dans l’attente d’une clarification sur les règles américaines qui continuent de s’appliquer à elle depuis son départ de l’administration.

Le Haut-Commissaire Barham Salih a lui-même évoqué la situation devant les États membres réunis à Genève. Selon le HCR, ces restrictions sont notamment susceptibles de compliquer la participation de Tressa Rae Finerty à certaines réunions multilatérales lorsqu’y prennent part des représentants du Département d’État, son ancien employeur. L’agence soutient sa demande de dérogation et dit espérer qu’une solution pourra être trouvée rapidement.

La situation est d’autant plus singulière que Tressa Rae Finerty connaît déjà parfaitement la Genève « internationale » (peut-être parce qu’elle lit régulièrement Geneva Diplomatic ?). Avant de rejoindre le HCR, elle dirigeait par intérim la mission américaine auprès des Nations Unies et des autres organisations internationales à Genève, où elle avait auparavant exercé comme conseillère pour les affaires humanitaires. Son passage de la diplomatie américaine à la direction du HCR devait donc s’inscrire dans une forme de continuité, auprès d’interlocuteurs, de missions et d’organisations qu’elle connaissait déjà bien.

Un profil taillé pour Genève

Son parcours explique en partie le choix du secrétaire général de l’ONU. Tressa Rae Finerty a travaillé à la mission américaine auprès des Nations Unies à New York, dans plusieurs ambassades, notamment en Irak, en Arménie, en Thaïlande et en Malaisie, ainsi qu’au sein du bureau du secrétaire d’État. Elle a également enseigné les politiques relatives aux réfugiés à Georgetown et à New York University.

Au HCR, elle doit occuper l’un des postes les plus importants de l’organisation, aux côtés du Haut-Commissaire et des deux Hauts-Commissaires assistants chargés respectivement des opérations et de la protection. Son expérience américaine, sa connaissance des dossiers humanitaires et sa familiarité avec les réseaux diplomatiques genevois constituaient autant d’atouts pour une agence qui traverse actuellement une période particulièrement délicate.

Les relations avec les grands bailleurs occupent en effet une place centrale dans le fonctionnement du HCR, dont le financement repose très largement sur les contributions volontaires des États. Dans ce contexte, l’expérience d’une diplomate ayant récemment représenté les États-Unis à Genève revêtait une importance particulière.

Un contexte américain plus délicat

Officiellement, le problème reste d’abord juridique et administratif. Tressa Rae Finerty cherche à obtenir une dérogation aux restrictions auxquelles elle demeure soumise en tant qu’ancienne responsable américaine, afin de pouvoir exercer pleinement ses nouvelles fonctions dans un environnement où les échanges avec les représentants de Washington sont fréquents.

Reuters rapporte toutefois, en s’appuyant sur plusieurs sources diplomatiques, que l’affaire pourrait s’inscrire dans un contexte plus sensible. Les États-Unis auraient auparavant soutenu un autre candidat pour le poste de Haute-Commissaire adjoint, Simon Hankinson, et certains diplomates interprètent l’absence de dérogation comme une conséquence de ce désaccord.

Ni les autorités américaines ni le HCR n’ont confirmé cette lecture, ce qui impose de distinguer clairement les faits établis des interprétations qui circulent à Genève. À ce stade, la seule certitude est qu’une haute responsable de l’agence ne peut pas encore exercer normalement l’ensemble de ses fonctions en raison de règles liées à son ancien emploi.

Le HCR sous pression financière

L’épisode intervient surtout dans un contexte budgétaire particulièrement difficile pour le HCR. Barham Salih a récemment indiqué que les financements attendus pour 2026 atteignaient environ 3,2 milliards de dollars, un montant très inférieur aux besoins inscrits au budget de l’organisation.

L’agence a déjà engagé d’importantes réductions d’effectifs et prépare de nouvelles économies pour 2027, alors même que les besoins humanitaires restent à un niveau très élevé. Cette contraction budgétaire affecte directement la capacité du HCR à maintenir certaines opérations et à préserver son implantation dans plusieurs régions du monde.

Dans ce paysage financier dégradé, la baisse de la contribution américaine est particulièrement notable. Selon Reuters, les financements des États-Unis seraient passés de plus de 800 millions de dollars en 2025 à environ 110 millions cette année, tandis que l’Union européenne a progressivement pris une place croissante dans le soutien à l’organisation.

Cette évolution modifie les équilibres traditionnels du financement du HCR, sans pour autant réduire l’importance politique de Washington. Les États-Unis restent un acteur majeur du système humanitaire et un interlocuteur central pour une agence dont la direction doit, plus que jamais, entretenir un dialogue étroit avec ses principaux soutiens.

Une direction encore en installation

La nomination de Tressa Rae Finerty s’inscrivait dans un renouvellement plus large de l’équipe dirigeante. António Guterres avait également choisi l’Espagnol Antón Leis García pour les opérations et la Ghanéenne Edem Wosornu pour la protection, tous deux appelés à épauler Barham Salih dans une période marquée par la réduction des financements, les restructurations internes et des besoins humanitaires toujours considérables.

Dans le petit monde humanitaire genevois, l’arrivée de Tressa Rae Finerty avait donc quelque chose de familier, tant son visage était déjà connu des missions, des agences et des ONG installées autour du Palais des Nations.

Son passage de la représentation américaine à la direction du HCR devait s’effectuer presque naturellement. Il commence finalement par un contretemps administratif que l’agence espère voir rapidement levé, afin de disposer au complet d’une équipe appelée à piloter l’une des périodes les plus délicates de son histoire récente.