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Todd Steggerda prend les commandes d’une mission américaine en pleine redéfinition

RédactionPublié le 02 octobre 2026 · 8 min de lecture
todd Steggerda

Après dix-huit mois sans ambassadeur en titre, les États-Unis ont de nouveau un représentant permanent à Genève. Todd Steggerda a présenté ses lettres de créance le 28 septembre au Palais des Nations. Ancien pilote de chasse devenu avocat à Washington, il arrive avec une feuille de route assumée : défendre les intérêts américains dans les organisations internationales et pousser leur réforme, au moment où Washington a profondément redéfini sa présence dans le système multilatéral genevois.

Dix-huit mois, à l’échelle de la diplomatie genevoise, cela commence à faire long. Depuis le départ de Bathsheba Crocker en janvier 2025, la très importante mission américaine de la route de Pregny fonctionnait sans ambassadeur en titre. La parenthèse s’est refermée le 28 septembre avec l’arrivée de Todd Steggerda, venu présenter ses lettres de créance à Tatiana Valovaya, directrice générale de l’Office des Nations Unies à Genève.

Son nom figure désormais dans le Livre bleu de l’ONU, avec le rang d’ambassadeur et de représentant permanent des États-Unis auprès de l’Office des Nations Unies et des autres organisations internationales à Genève. Une formalité, certes, mais qui rend à Washington un interlocuteur politique de plein exercice dans une ville où les décisions prises à l’OMS, à l’OMC, à l’OIT, à l’UIT ou dans les différentes enceintes humanitaires peuvent avoir des conséquences très concrètes pour les États-Unis.

Le personnage, lui, n’a pas tout à fait le profil habituel des couloirs onusiens.

Du cockpit d’un F-18 aux salles du Palais des Nations

Todd Steggerda est diplômé en ingénierie aérospatiale de l’Académie navale d’Annapolis. Pilote de F-18 dans l’US Navy, il a notamment servi au sein du squadron VFA-105 « Gunslingers » et participé en 1992 à un déploiement en Méditerranée à bord de l’USS John F. Kennedy, au début de la guerre en Bosnie. Il quitte ensuite l’armée active pour le droit et construit, pendant une trentaine d’années, une carrière d’avocat à Washington, à la croisée des enquêtes gouvernementales, des marchés publics, du droit des affaires et des questions de sécurité nationale.

Chez McGuireWoods, qu’il rejoint en 2015, il dirige notamment le département consacré aux enquêtes gouvernementales et aux contentieux pénaux économiques, avant de devenir Deputy Managing Partner chargé du développement stratégique du cabinet. Il avait également lancé l’équipe spécialisée dans la défense, la sécurité nationale et les marchés publics.

Autrement dit, Washington n’envoie pas à Genève un diplomate de carrière, mais un homme venu de la défense, du droit et du secteur privé, habitué aux négociations avec l’administration fédérale et aux environnements où intérêts économiques, normes et puissance publique se croisent.

Cela tombe plutôt bien : une bonne partie de ce qui se négocie ici se trouve précisément à cette intersection.

Deux priorités annoncées avant même son arrivée

Todd Steggerda avait exposé assez clairement sa feuille de route lors de son audition devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, le 16 avril.

Sa première priorité sera de défendre les intérêts américains dans les organisations internationales genevoises, notamment lorsqu’elles élaborent des normes susceptibles d’affecter les entreprises des États-Unis. Il avait alors estimé que plusieurs agences spécialisées et techniques avaient élargi leurs mandats et s’étaient, selon lui, trop politisées. Il promettait d’utiliser l’influence américaine pour préserver la place des États-Unis dans ces institutions, y compris dans l’accès aux fonctions dirigeantes.

Sa seconde priorité sera la réforme du système des Nations Unies, avec une attention particulière pour les agences humanitaires. Là encore, Steggerda avait insisté devant les sénateurs sur la gouvernance, l’efficacité des financements et la soutenabilité financière de l’appareil onusien.

Il arrive donc avec une doctrine assez lisible, à un moment où la politique américaine à Genève l’est devenue davantage encore.

Une Amérique présente, mais de manière beaucoup plus sélective

Le retour d’un ambassadeur ne signifie pas un retour au paysage multilatéral des années Biden. Depuis janvier 2025, l’administration Trump a au contraire engagé une révision méthodique de la participation américaine à plusieurs institutions internationales.

En février 2025, la Maison-Blanche a décidé que les États-Unis ne participeraient plus au Conseil des droits de l’homme et ne chercheraient plus à y obtenir de siège. Le même texte mettait fin au financement américain du Conseil et lançait une revue générale des organisations internationales auxquelles Washington participait ou apportait un soutien.

Sur le front sanitaire, le mouvement est allé encore plus loin. Donald Trump avait déclenché dès son retour à la Maison-Blanche la procédure de retrait de l’Organisation mondiale de la santé, assortie d’un arrêt de la participation américaine aux négociations sur l’Accord sur les pandémies. Le retrait de l’OMS est devenu effectif le 22 janvier 2026.

Puis, en janvier 2026, la Maison-Blanche a ordonné l’arrêt de la participation ou du financement américains à plusieurs dizaines d’entités internationales. Pour Genève, la liste est loin d’être anodine : la CNUCED, l’UNITAR et le Centre du commerce international y figurent notamment. Selon l’administration américaine, ces retraits répondent à son appréciation de l’intérêt national, de l’efficacité des institutions et de la protection de la souveraineté américaine.

La ligne n’est donc pas celle d’un retrait pur et simple de la Genève internationale. Elle ressemble davantage à un tri, parfois sévère, entre les enceintes que Washington juge utiles, celles qu’il souhaite réformer et celles auxquelles il ne veut plus participer.

Todd Steggerda devra précisément faire vivre cette diplomatie sélective.

Peser sans être partout

La nuance est importante, car les États-Unis restent incontournables dans de nombreux dossiers traités au bord du Léman. Les règles commerciales, les standards technologiques, les normes du travail, les questions de propriété intellectuelle, le désarmement ou le financement humanitaire continuent de toucher directement les intérêts américains.

Steggerda l’avait lui-même souligné devant le Sénat : des organisations parfois très techniques fixent à Genève des standards dont les effets peuvent ensuite se faire sentir sur les entreprises et l’économie américaines.

Il devra donc composer avec une équation assez particulière : représenter un pays qui a décidé de quitter ou de boycotter certaines institutions, tout en veillant à ne pas laisser diminuer son influence dans les autres.

Pour les missions étrangères, cette clarification aura probablement aussi son utilité. Pendant dix-huit mois, le travail quotidien n’a évidemment pas cessé à la mission américaine, mais le retour d’un ambassadeur facilite les contacts au niveau politique, notamment lorsque les dossiers remontent au sommet d’une organisation ou nécessitent un échange direct entre chefs de mission.

Les premières semaines genevoises

Comme tous les nouveaux représentants permanents, Todd Steggerda va maintenant commencer la traditionnelle tournée des bureaux genevois : responsables d’organisations internationales, autorités du pays hôte, ambassadeurs partenaires ou interlocuteurs particulièrement utiles sur les dossiers américains.

Sauf que son carnet de rendez-vous sera sans doute regardé d’un peu plus près que celui d’un nouvel arrivant ordinaire. Après les retraits, les coupes et les changements de doctrine des deux dernières années, chaque visite permettra aussi de voir quelles institutions Washington entend encore investir politiquement.

Dans notre petit monde diplomatique, les premiers signaux seront probablement assez faciles à repérer : quels directeurs généraux seront rencontrés en priorité, quels sujets la mission remettra en avant, quelles coalitions elle cherchera à renouer et dans quelles enceintes le nouvel ambassadeur choisira personnellement de s’impliquer.

Il aura, en tout cas, de quoi remplir ses premières semaines.

Todd Steggerda arrive dans une Genève internationale assez différente de celle qu’avait quittée Bathsheba Crocker en janvier 2025. Les États-Unis y sont désormais moins présents dans certaines institutions, absents de quelques autres, mais toujours suffisamment puissants pour que chacun observe attentivement la manière dont leur nouvel ambassadeur entend utiliser les sièges qu’ils occupent encore autour de la table.

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