À Genève, Alassane Ouattara veut convaincre l’OMC des vertus du modèle ivoirien

Le président ivoirien Alassane Ouattara est attendu jeudi 29 octobre à Genève, où il prononcera une conférence au siège de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). L’occasion pour le chef de l’État de défendre le bilan économique de son pays, mais aussi de porter les ambitions d’une Afrique qui entend tirer davantage profit de ses échanges avec le reste du monde.
C’est un modèle économique africain qu’Alassane Ouattara viendra présenter à Genève. Jeudi 29 octobre, le président de la Côte d’Ivoire prendra la parole devant l’OMC, à l’occasion de la huitième édition de ses conférences présidentielles. Son intervention, consacrée au commerce, à l’investissement et aux partenariats pour le développement, sera suivie d’un échange avec la directrice générale de l’organisation, la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala.
Le rendez-vous n’a rien d’anodin. Ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international, Alassane Ouattara connaît parfaitement les rouages des institutions économiques internationales. Depuis son arrivée au pouvoir en 2011, il a fait de l’ouverture commerciale et de l’investissement les piliers de sa politique économique. Une stratégie qui a permis à la Côte d’Ivoire d’enregistrer une croissance soutenue et de conforter sa place parmi les principales économies d’Afrique de l’Ouest.
Le paradoxe de la réussite ivoirienne
Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire incarne pourtant l’un des grands paradoxes du commerce international. Le pays fournit une part considérable de la matière première utilisée par l’industrie chocolatière mondiale, mais ne capte qu’une fraction de la valeur créée tout au long de la chaîne de production.
Depuis plusieurs années, Abidjan cherche à corriger ce déséquilibre en développant la transformation locale du cacao, de l’anacarde et d’autres productions agricoles. L’objectif est de conserver davantage de richesse sur le territoire national, de créer des emplois industriels et de réduire la dépendance aux fluctuations des cours mondiaux.
Cette ambition dépasse largement les frontières ivoiriennes. Pour de nombreuses économies africaines, la question n’est plus seulement de trouver des débouchés à leurs exportations, mais de sortir d’une spécialisation dans les matières premières qui limite les retombées de leur insertion dans le commerce mondial.
Le bilan ivoirien mérite néanmoins d’être nuancé. Si la croissance a profondément transformé le pays, les inégalités sociales, l’emploi des jeunes et la vulnérabilité de certaines filières agricoles continuent de poser des défis importants. Autant de questions qui permettront de mesurer, au-delà des performances économiques, les résultats concrets du modèle défendu par Alassane Ouattara.
À Genève, vingt ans d’aide au commerce sous examen
La visite du président ivoirien intervient dans un contexte particulier. Les 29 et 30 octobre, l’OMC organise son dixième Examen global de l’Aide pour le commerce, une initiative lancée en 2005 pour permettre aux pays en développement de mieux s’intégrer aux échanges internationaux.
En vingt ans, près de 800 milliards de dollars ont été mobilisés pour financer des infrastructures, renforcer les capacités productives et faciliter les exportations. Un effort considérable, dont les résultats feront précisément l’objet des discussions genevoises.
Car une interrogation demeure : aider les pays pauvres à participer davantage au commerce mondial suffit-il à leur permettre d’en recueillir les bénéfices ? Pour les économies africaines, l’enjeu est désormais de franchir une étape supplémentaire, en développant leurs industries, leurs infrastructures et leur capacité à peser sur les règles commerciales.
La présence d’Alassane Ouattara offre ainsi à l’OMC l’occasion de mettre en avant une expérience africaine de croissance, tout en ouvrant le débat sur les conditions d’un développement moins dépendant des exportations de matières premières.
Après Genève, le président ivoirien poursuivra son déplacement à Paris pour rencontrer Emmanuel Macron. Une seconde étape qui rappelle que la diversification des partenariats économiques africains n’exclut pas le maintien de relations étroites avec les partenaires historiques.
À Genève, Alassane Ouattara viendra donc défendre une réussite. Mais sa conférence posera aussi une question plus large, à laquelle l’OMC peine encore à apporter une réponse pleinement satisfaisante : comment faire du commerce international non plus seulement un moteur de croissance, mais un véritable instrument de développement ?


