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UN80 prend forme à Genève avec une première grande fusion institutionnelle

RédactionPublié le 04 septembre 2026 · 6 min de lecture
UN80

L’Assemblée générale des Nations Unies a approuvé le 3 septembre la fusion de l’UNITAR et du Collège des cadres du système des Nations Unies. La nouvelle institution, appelée UNICLI, doit voir le jour le 1er janvier 2027 et conserver son siège à Genève. Une décision emblématique de la réforme UN80, même si plusieurs délégations ont regretté la rapidité du processus.

La réforme des Nations Unies commence à modifier concrètement le paysage institutionnel genevois.

Le 3 septembre, l’Assemblée générale a approuvé la fusion de l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche, l’UNITAR, avec le United Nations System Staff College, l’UNSSC. Les deux structures seront réunies au sein d’une nouvelle institution, le United Nations Institute for Capability and Learning Innovation, ou UNICLI, dont la création est prévue pour le 1er janvier 2027.

Le choix de Genève est confirmé : la ville restera le siège du nouvel institut. Turin, où se trouve actuellement le siège de l’UNSSC, conservera un campus consacré à la formation et aux rencontres, tandis que les implantations de Bonn, Hiroshima, New York et Madrid doivent poursuivre leurs activités actuelles.

Pour la Genève internationale, la décision n’est donc pas anodine. L’UNITAR y est implanté depuis plusieurs décennies et forme chaque année diplomates, fonctionnaires et responsables publics sur des sujets allant de la négociation multilatérale au développement durable. La nouvelle structure conservera cette proximité avec les missions permanentes et les nombreuses organisations internationales présentes autour du Palais des Nations.

Une première traduction concrète d’UN80

La fusion fait partie de l’initiative UN80, lancée pour rendre le système des Nations Unies plus cohérent, plus efficace et moins fragmenté.

L’un des constats à l’origine de la réforme est relativement simple : au fil des décennies, l’ONU a accumulé structures, programmes, bureaux et mécanismes dont les missions peuvent parfois se chevaucher. Le Secrétaire général souhaite donc réduire certaines duplications, rapprocher des organismes aux fonctions comparables et mieux coordonner les activités du système.

Dans le domaine de la formation, les deux institutions avaient justement des fonctions complémentaires.

L’UNITAR travaille principalement avec les États membres, leurs administrations, leurs diplomates et leurs institutions. L’UNSSC est davantage spécialisé dans la formation des personnels des Nations Unies, le développement du leadership et la gestion des connaissances au sein de l’organisation.

UNICLI doit réunir ces deux compétences au sein d’une plateforme commune. Selon les deux institutions, l’objectif est de proposer une offre plus cohérente de formation, de renforcement des capacités et d’accompagnement des administrations publiques comme du personnel onusien.

Sur le papier, le rapprochement semble donc naturel.

Une adoption très large, mais pas sans réserves

L’Assemblée générale a approuvé la résolution par 132 voix contre 4, avec une abstention.

Avant le vote, la Russie avait toutefois demandé que la décision soit reportée à la prochaine session de l’Assemblée générale afin de permettre davantage de consultations. La proposition de report a été rejetée par 60 voix contre 7, avec 47 abstentions. L’Iran avait notamment soutenu cette demande, estimant que les États n’avaient pas disposé de suffisamment de temps ni d’informations pour évaluer toutes les conséquences de la fusion.

Plusieurs délégations ayant finalement voté en faveur du texte ont exprimé des préoccupations similaires.

La Chine a soutenu la fusion tout en appelant à ce que les futures réformes reposent sur des évaluations plus approfondies et sur une participation plus large des États membres. Le Mexique a également regretté des consultations jugées insuffisamment structurées et transparentes. Le Brésil a demandé que la procédure accélérée suivie pour cette fusion ne crée pas de précédent.

La Suisse soutient, mais demande davantage de garanties

La position suisse a été particulièrement nuancée.

Berne a voté en faveur de la résolution et réaffirmé son soutien aux objectifs de la réforme UN80, notamment à la recherche d’une plus grande efficacité du système des Nations Unies.

Mais la délégation suisse a aussi estimé que la proposition ne présentait pas encore toutes les garanties nécessaires. Elle a regretté la rapidité de certaines décisions, le manque de transparence du processus et l’insuffisance des analyses disponibles sur les bénéfices et les conséquences financières de la fusion.

La Suisse a surtout insisté sur un élément directement lié à Genève : selon elle, la présence du nouvel institut au sein de la Genève internationale constitue un avantage essentiel pour sa stabilité et son développement futurs.

L’argument est assez concret. La proximité immédiate des missions diplomatiques, des agences spécialisées, des organisations non gouvernementales et des autres acteurs multilatéraux offre à un institut de formation de l’ONU un environnement difficilement reproductible ailleurs.

Une réforme appelée à en annoncer d’autres

La création d’UNICLI dépasse cependant le seul sort de deux organismes de formation.

Elle constitue l’une des premières décisions structurelles importantes prises dans le cadre d’UN80. D’autres rapprochements et réorganisations sont déjà envisagés dans différents secteurs du système des Nations Unies.

La question sera donc suivie attentivement depuis Genève.

Car derrière les termes techniques de « cohérence », de « rationalisation » ou de « consolidation », la réforme pourrait à terme redessiner la carte des institutions internationales, modifier leurs effectifs et déplacer certaines fonctions entre les différents grands centres onusiens.

Pour Genève, cette première décision apporte au moins une certitude : le nouvel institut conservera ses quartiers au bord du Léman.

Reste désormais à voir si la fusion de deux structures peut réellement produire l’efficacité recherchée sans perdre, dans l’opération, les compétences et les identités qui avaient fait leur spécificité.